Elections communales 2012

Des élections qui sentent bon le terroir

Par Nathanël Jacqmin

Les élections communales, elles sentent bon le terroir. C’est là que s’expriment toutes les sensibilités locales, c’est là qu’éclatent au grand jour toutes les querelles de clochers ou même parfois les problèmes conjugaux de certaines personnalités notoires du village. Les élections communales ont quelque chose de tribal : il y a les clans, les notables, les vieux sages, les apprentis sorciers.  Elle sont l’occasion de régler ses comptes dans ces petites communautés aux organisations souvent alambiquées et d’exprimer toutes les petites nuances qui font la richesse de la vie de tous les jours dans ces villages qui de l’extérieur paraissent si paisibles. Pour se présenter et exister, pas besoin d’études de marché ou de conseillers en communication coûteux. Elles ont ce côté amateur qui fait toute  leur richesse.

Certains décident de prendre des sigles pour se donner un air branché (« GPS » à Huy, « USB » à Quaregnon, « BAse » à Braives,…) sans crainte de représailles des firmes commerciales. On donne un nom qui claque à sa liste , facile à retenir, du genre « Code Wasabi » pour « Wacourt-Alternative-Soutenables-Avenir-Bien-être-Innovant. » Derrière ce nom, on sent tous les compromis, toutes ces réunions ténébreuses pour exprimer idées et projets.

Si on veut montrer qu’on en a marre et qu’on veut changer les choses, il faut le dire clairement : « Assez » à Péruwelz, « Ras-le-Bol » à Belœil, « BoUGE + » à Chimay. Pour une image plus dynamique, « PEPS » (à Profondeville) « Élan » et « Osons » à Bertrix sont très tendance cette année.

Mais mon préféré cette année sera « FlashMacQueen » à Braine-le-Comte, pour Fédération loyale des affamés sans haricots Mais courageux Quand un enfant élégant naît.  Un seul candidat sur cette liste avec pour seul objectif :  voir son nom sur son le bulletin de vote pour le prendre en photo.  C’est-t-’y pas beau, la démocratie ?

HUY

PourHuy s’empare du QG du PS

Les Caves d’Artois, c’était le café emblématique du PS hutois. Le bistrot, installé depuis des lustres juste à la droite de l’hôtel de ville, sur la Grand-place. Celui qui devenait le siège des socialistes lors des élections. Les candidats, les camarades s’y retrouvaient lors des campagnes électorales, ainsi que le soir des scrutins.

Puis, le PS hutois a déménagé pour prendre possession d’un bâtiment rue du Marché. Et là, surprise, les Caves d’Artois redeviennent bistrot politique… Mais c’est PourHuy, la liste emmenée par l’ex-PS Anne-Marie Lizin, qui s’y est installé depuis mercredi. PourHuy a repris symboliquement les Caves au PS en y affichant ses calicots. « Une façon de se rapprocher de l’hôtel de ville que nous avons bien l’intention de conquérir le 14 octobre », expliquent les candidats aux élections. Une de ses candidates est tenancière du bistrot… Cela doit aider, clairement.

Campagne

Le retour du coeur fait des petits

Le coeur et la politique ne font pas toujours bon ménage. L’image renvoyée par la campagne électorale est plutôt celle d’un monde obscur où les luttes sont dures et les coups bas nombreux. Mais parfois dans ce monde de brutes, il y a un peu d’amour. Ainsi, dans certaines localités le coeur est de mise.

C’est le cas par exemple à Kampenhout où la candidate open VLD Gwenny de Vroe (tête de liste) a axé sa campagne sur la thématique du coeur. « Un coeur pour tous » déclare Gwenny sur ses affiches et son site internet. C’est un coeur bleu, celui qui colle avec les mots de Christophe, ceux qui rendent les gens heureux.

Toute la périlleuse gymnastique de la thématique du coeur, c’est de pouvoir aborder des dossiers lourds. Que faire par exemple de ce bel et symbolique organe de vie dans une matière comme la sécurité?

Sur ce point, le PS de Namur a fait très fort. Le coeur, la candidate bourgmestre Eliane Tillieux l’a choisi comme emblème de sa campagne en utilisant le slogan « Ma Ville, mon namour ». Mais après, comment utiliser ce coeur sur le thème de la sécurité? Histoire de rester cohérent. La réponse visuelle se trouve juste en dessous.

Cette clé avec une encoche en forme de coeur est un des thèmes de la vidéo sur la sécurité que vient juste de poster le PS namurois sur You Tube. Vidéo où les exemples mis en exergue par Eliane Tillieux restent fort « gentils » pour la problématique abordée. Police plus proche et chasse aux jets de mégots sont soulignés. Limite du mariage du coeur et de la sécurité? Peut être, mais aussi discours général du PS qui est toujours plus à l’aise lorsqu’il parle de prévention plutôt que de répression. La preuve avec l’étrange et maladroite stigmatisation des « jeunes » faite par la candidate dans ce spot web.

OREYE

Ceci n’est pas une liste électorale

Dans la petite commune sucrière d’Oreye, on a beaucoup d’imagination et d’inspiration. Ainsi, on ne dit pas le « bal de la bourgmestre » mais l’ « Isabal », du prénom de la première orétoise, en place depuis 2006. Les thèmes des Isabal sont évidemment savamment choisis, avec un côté décalé si nécessaire.

Pour ces élections, la bourgmestre est dans la même lignée. Le PS orétois se la joue René Magritte avec « Ceci n’est pas une liste… c’est votre équipe ». Les 13 candidats posent donc en costume et chapeau melon, avec des nuages blancs et ciel bleu en fond.

Les affiches de groupe ont aussi été imprimées sur de grands toiles. De quoi piquer la curiosité des habitants et même des gens de passage.

 

FERNELMONT

Le « Frankenstein » électoral d’EPF

A Fernelmont, « Ensemble pour Fernelmont » (EPF) base sa campagne sur le groupe. « Le changement a un visage et ce visage est un groupe ». Un peu comme Ecolo il y a quelques années, EPF veut éviter de personnaliser les candidats. EPF, c’est donc d’abord un groupe avant d’être une personne.

En début de campagne, le groupe ne disposait d’ailleurs d’aucun panneau avec des visages. Seul le logo était repris.

Mais il y a une petite dizaine de jours, de nouveaux panneaux ont vu le jour dans la campagne fernelmontoise: EPF a voulu créer un visage à partir des morceaux de visage des autres candidats. Le résultat ? Une sorte de « Frankenstein » électoral… En plus avenant, on vous le concède.

HUY

Le site web de Georges Pire hacké

Tête de liste MR pour les élections provinciales (district de Huy), Georges Pire est actuellement député provincial et vice-président de l’assemblée. Avec ce slogan accrocheur « Voter Pire, c’est mieux », le Hutois est évidemment présent sur le web. Si facebook est incontournable, Georges Pire dispose d’un site web perso. Un site qui renvoie actuellement à la vidéo d’un homme fumant sa cigarette, dans l’embrasure de la porte d’une salle de bains… dans laquelle on aperçoit une femme lisant un magazine.

Le message posté sur l’unique page accessible laisse planer peu de doutes sur l’origine de ce détournement: « Hacked By HaYaL-ET-06″

Namur

La chanson de Suzanne Ngankou dans une nouvelle version sur You Tube

Respectant un bon vieux conseil de Michel Sardou selon lequel « La fleur au bout du fusil /
La victoire se gagne aussi / En chantant », Suzanne NGankou, 31ème sur la liste PS à Namur a écrit une chanson. Celle-ci existait en version « You Tube » illustrée par un clip rapidement critiqué. Une plainte a notamment été déposée pour violation du droit à l’image, des personnes apparaissaient dans la vidéo sans avoir été prévenues. Le clip a été retiré avec ce mot d’explication: « Dans un souci, d’apaisement notre candidate Suzanne Ngankou a retiré nos clips, mais je vous rassure ils seront bientôt de retour, dans l’attente de ceux-ci ,vous pouvez écouter cette bonne musique africaine, merci à tous ». Ne restait plus que le titre « Que veux-tu pour Namur? », écrit blanc sur rouge.Hier, Suzanne Ngankou a reposté une vidéo de sa chanson. Mais ô tristesse, alors qu’on croyait admirer une nouvelle vidéo riche en sensation (on l’avait vue poser lors des Wallos), on doit se contenter d’une photo fixe.Déception….

Mons

Le Parti Atomique fait de l’éducation vidéo à la dure

Bon d’accord, cette liste ne compte que trois candidats. Mais elle a plus que le mérite d’exister. Elle a décidé d’aborder ces élections sous l’angle de l’humour. Aux manettes de ce parti pas comme les autres, un prof de morale et un licencié en philosophie. Parmi leurs propositions farfelues, la construction d’une tour à la collégiale Sainte-Waudru. Citoyens pas sinistres, candidats pas tristes, le trio dispense aussi des conseils de savoir-vivre sur le web. Du décalé pur.

National

 »Pirate Day », le congrès du parti pirate

Le Parti Pirate sera un des nouveaux éléments de cette campagne électorale. Ce parti joue la carte de « participation citoyenne » à 100% (il n’y a pas de programme précis de base, il est élaboré collectivement). Il a néanmoins des axes de combat comme la réforme des lois sur le copyright, la suppression des brevets, le respect de la vie privée. Cette année, il sera présent dans 14 communes et 26 districts provinciaux. Pour présenter ses candidats, le Parti Pirate organise donc une « Pirate Day » ce samedi. Cela se passe à Bruxelles. Des parlementaires européens suédois, issus du Parti Pirate viendront ainsi expliquer comment fonctionne chez eux cette nouvelles façon de faire la politique qui se déplie dans les pays scandinaves et en Allemagne. Comme dans les bons films de boucaniers, tout se terminera par une fête sur un bateau amarré à un quai.